J’ai un écran allumé en permanence dans une pièce de vie, en kiosk mode complet : pas de barre du haut, pas de menu, pas d’interface Home Assistant visible. Juste un dashboard, affiché comme on afficherait une horloge ou un cadre photo connecté. Ce détail change tout dans la façon dont je conçois l’interface.
Pourquoi un écran dédié change la philosophie du dashboard
Un dashboard mobile classique, on l’ouvre pour chercher une info précise : la température du salon, l’état d’un volet, une lumière à éteindre. On accepte de faire défiler, de naviguer entre onglets, parce que l’interaction est volontaire et courte. Un écran fixe dans une pièce de vie fonctionne à l’inverse : personne ne va cliquer, personne ne va scroller. L’information doit être visible d’un seul coup d’œil, ou elle n’existe pas. Ça impose une règle de conception stricte : pas de scroll, pas de navigation, et surtout, ne montrer que ce qui est pertinent maintenant. Un dashboard mobile peut se permettre d’afficher 40 entités réparties sur 6 onglets. Un écran ambiant doit choisir avec soin quoi garder visible en permanence et quoi faire apparaître seulement quand c’est utile.
La structure générale : un bandeau et trois colonnes
Concrètement, mon dashboard est organisé en un bandeau du haut toujours présent, qui regroupe ce qui doit rester visible en toutes circonstances (heure, date, météo extérieure, indicateurs UV et pollens, comparatif température intérieure/extérieure), puis trois colonnes en dessous, chacune avec sa propre logique.
La première colonne rassemble le contexte maison au sens large : météo détaillée, une bande d’alertes qui n’apparaît que si une vigilance canicule, vent fort ou orage est en cours, les températures des différentes pièces, et l’agenda familial du jour. Rien n’est codé en dur sur des seuils fixes choisis une fois pour toutes : les alertes météo sont calculées dynamiquement à partir des prévisions, ce qui évite de revenir modifier des seuils à la main si mes besoins changent.
La colonne du milieu, c’est le cœur du dashboard, celle qui concentre tout ce qui se passe là, maintenant. J’y reviens en détail plus bas.
La troisième colonne regroupe les chiffres : consommation électrique instantanée, production solaire, répartition de la consommation du jour par appareil avec des barres proportionnelles plutôt qu’un tableau de nombres bruts, et un bloc infra technique (connexion internet principale et lien de secours, état des serveurs domestiques). Ce n’est pas glamour, mais c’est exactement le genre d’info qu’on veut voir en un clin d’œil quand quelque chose cloche. J’avais déjà creusé le sujet du monitoring dans mon article sur le suivi de mon cluster homelab, et la logique minimaliste s’inspire directement de mon dashboard Glance.
Le cœur du concept : une section qui n’affiche que ce qui est actif
C’est le point central de toute la conception, et celui qui m’a demandé le plus d’itérations : une section « en cours » qui n’affiche que les appareils ou automatismes actuellement actifs, et qui disparaît silencieusement dès que ce n’est plus vrai.
Le robot tondeuse en train de tondre. L’aspirateur robot en train de nettoyer. Le véhicule en charge. Un mode sieste activé. Un portail ou un volet dans un état particulier. Un point d’eau extérieur en train de tourner. Chacun de ces éléments est une carte conditionnelle indépendante, testée en continu, qui ne s’affiche que si sa condition est vraie à l’instant présent.
Le principe paraît presque trivial une fois énoncé, mais il change tout par rapport à une liste fixe de tuiles. Sur un écran de taille limitée, afficher en permanence 15 appareils dont 12 sont éteints, c’est juste du bruit visuel : l’œil doit trier ce qui est pertinent de ce qui ne l’est pas, tout le temps. Avec des cartes conditionnelles, le dashboard « respire » : il grossit quand la maison est active, il rétrécit quand tout est calme. Un dimanche après-midi tranquille, la section « en cours » peut être quasiment vide. Un jour de tonte, de lessive et de charge du véhicule en même temps, elle se remplit sans que j’aie touché à la config.
C’est un changement de mentalité par rapport à la plupart des dashboards que je vois passer, qui listent statiquement toutes les entités disponibles. Ici, l’entité n’apparaît que si elle raconte quelque chose d’intéressant sur l’instant présent : une lumière éteinte n’a rien à dire, une lumière allumée en pleine nuit, si.
L’anecdote de la dédup audio/vidéo
Une des difficultés les plus intéressantes que j’ai rencontrées en construisant cette section « en cours » concerne les sources audio et vidéo. Dans une même pièce, plusieurs peuvent être actives en même temps : un service de streaming musical casté sur une enceinte, un lecteur vidéo, une plateforme de streaming. Sans règle particulière, chacune génère sa propre carte « en cours de lecture », et on se retrouve avec deux ou trois tuiles simultanées pour ce qui est perçu, par la personne qui regarde l’écran, comme une seule et unique activité.
Je n’ai pas résolu ça avec une règle de priorité fixe du genre « si la TV joue, ignore toujours l’enceinte » : ça aurait cassé dès qu’on écoute de la musique sans que la TV soit allumée. La solution retenue, c’est que chaque carte vérifie aussi l’état des autres sources avant de s’afficher, et ne se déclenche que si elle correspond à une activité qui n’est pas déjà représentée ailleurs. Le principe généralise bien au-delà de l’audio/vidéo : dès qu’un dashboard risque d’afficher deux fois la même information sous deux angles différents, mieux vaut que les cartes se parlent entre elles plutôt que de figer une hiérarchie arbitraire.
L’aparté honnête : le bug du copier-coller
Je vais être honnête sur un point découvert récemment en relisant mon propre dashboard avec un œil plus critique. Une des tuiles « en cours » avait été construite, à l’origine, par copier-coller d’une autre tuile existante : celle d’un robot ménager avait été dupliquée depuis celle du véhicule électrique, parce que la structure se ressemblait. Sauf qu’elle a gardé, sans que je m’en rende compte pendant des mois, des informations qui n’ont aucun sens pour ce type d’appareil, comme un pourcentage de batterie que ce robot ne rapporte tout simplement pas.
Ce n’est pas grave en soi, mais ça illustre un risque réel : un dashboard qu’on fait grossir par copier-coller successifs à chaque nouvel appareil accumule ce genre d’incohérences silencieuses. Elles ne sautent pas aux yeux tant qu’on ne relit pas l’ensemble avec un œil neuf, précisément parce qu’on a l’habitude de le voir tel qu’il est. J’avais déjà touché à des questions de cohérence dans mes automatisations Home Assistant préférées, mais ici ce n’est pas une logique cassée : c’est une information affichée qui ne veut rien dire.
Ce que j’en retiens
Trois leçons assez générales ressortent de cette conception, et je pense qu’elles s’appliquent à n’importe quel dashboard ambiant, pas seulement au mien.
D’abord, montrer moins mais montrer juste : un écran fixe doit afficher ce qui compte à l’instant T, pas tout ce qui existe dans l’installation. Ensuite, préférer des règles dynamiques à des seuils codés en dur : une alerte météo calculée depuis des prévisions vieillit bien, un seuil fixe choisi un jour finit toujours par devenir inadapté sans qu’on s’en rende compte. Enfin, accepter qu’un dashboard qui vit depuis plusieurs mois accumule de la dette de copier-coller, et prévoir de le relire régulièrement avec un œil neuf : ce n’est pas un aveu d’échec, juste la conséquence normale de faire évoluer une interface dans le temps.
FAQ
Pourquoi ne pas simplement afficher toutes les entités sur un dashboard fixe ?
Parce que sur un écran de taille limitée regardé en passant, une information inactive (lumière éteinte, appareil au repos) n’apporte rien et noie les informations réellement utiles au milieu du bruit visuel.
Comment éviter les doublons entre plusieurs sources audio/vidéo actives en même temps ?
En faisant vérifier à chaque carte l’état des autres sources avant de s’afficher, plutôt qu’en fixant une règle de priorité rigide qui casse dès qu’un cas de figure change.
Faut-il relire régulièrement un dashboard Home Assistant qui vit depuis longtemps ?
Oui. Le copier-coller de cartes existantes accumule des incohérences silencieuses au fil des mois, qui ne se voient qu’en relisant l’ensemble avec un œil neuf.








